jungerian-tangent:

laurentbelkacem:

no-hearth:

Anarchists and fascists agree: Ernst Jünger is alright.

C’est juste.

oddly enough, yes – despite the fact that he was avidly opposed to the NSDAP, rejected their advances numerous times and wrote a book in 1939 which was essentially a thinly-veiled allegory on hitler and his cronies

and despite the fact that Junger’s whole ‘anarch’ philosophy is murky and ill-defined at best / incoherent and self-defeating at worst (just like anarchism). i mean, he even said it himself:

“But the anarchic remains, at the very bottom, as a mystery, usually unknown even to its bearer.”

/everyone wants to claim him but at the end of the day no one really owns him

Wir werden alle nicht Ernst Juenger

Anarchique, chacun  l’est  :  c’est  justement  ce qu’il  a  de normal.  Toutefois,  dès son  premier jour, son père et sa mère, l’État et la société lui tracent des limites. Ce sont là des rognements, des mises en perce de l’énergie innée auquel nul n’échappe. Il faut bien s’y résigner. Pourtant, le principe d’anarchie reste au fond, mystère dont le plus souvent son détenteur même n’a pas la moindre idée. Il peut jaillir de lui sous forme de lave, peut le détruire ou le libérer.
Il s’agit ici de marquer les différences : l’amour est anarchique, le mariage non. Le guerrier est anarchique, mais non l’assassinat. Le Christ est anarchique, saint Paul ne l’est pas. Comme cependant l’anarchie, c’est la normale, elle existe aussi en saint Paul et explose parfois violemment en lui. Ce ne sont pas là des antithèses, mais des degrés. L’histoire mondiale est mue par l’anarchie. En un mot : l’homme libre est  anarchique, l’anarchiste ne l’est pas.
(…)
L’anarchiste  est  le partenaire  du monarque  qu’il  rêve de  détruire.  En frappant la personne, il affermit l’ordre de la succession. Le suffixe « isme » a une acceptation restrictive : il accentue le vouloir, aux dépens de la substance. Je dois cette note au grammairien Thorfen, ratiocineur par excellence. La contrepartie positive de l’anarchiste, c’est l’anarque. Celui­-ci n’est pas le partenaire du monarque, mais son antipode, l’homme que le puissant n’arrive pas à saisir, bien que lui aussi soit dangereux. Il n’ est pas l’adversaire du monarque, mais son pendant. Le monarque veut régner sur une foule de gens, et même sur tous ; l’anarque sur lui­ même, et lui seul. Ce qui lui procure un attitude objective, voire sceptique envers le pouvoir, dont il laisse défiler devant lui les figures ­ intangibles, assurément, mais non  sans émotion intime, non sans passion historique.
(…)
L’axiome d’un Anglo­-Saxon concernant l’égalité entre les hommes me revint en  mémoire. Il la cherche, non pas dans la répartition sans cesse changeante de la  puissance et des moyens d’agir, mais dans le fait constant que chacun peut tuer chacun.
(…)
Dans les mots que renforce le suffixe « isme », une certaine prétention se traduit, une tendance volontariste, et souvent une hostilité  a priori. Le mouvement devient tumultueux aux dépens de la substance. Ce sont là des mots pour sectaires, pour ceux qui n’ont lu  qu’un  seul  livre, pour ceux qui « jurent fidélité à  leur drapeau et se battent pour la cause, quoi qu’il advienne » , bref, pour les types du représentant et du voyageur de commerce en lieux communs. Une conversation avec quelqu’un qui se présente sous le nom de réaliste se termine le plus souvent de manière fâcheuse. Il a de  la chose,  comme l’idéaliste de  l’idée  ou l’égoïste du  moi, une  notion  bornée.  La liberté est mise sous étiquette. C’est tout aussi vrai du rapport de l’anarchiste à l’anarchie. (…)
Il n’y a pas plus à espérer de la société que de l’État. Le salut est dans l’individu.

From Eumeswil, quickly handpicked waking up. I agree on your conclusion (one of his most interesting biographical point is probably is refusal to submit to denazification process in the hands of the occupation troops, after the war, test that he would have passed with flying colors, if only because of his French supporters).

Galerie

hyperb0rean:

Ernst Jünger (29 March 1895 – 17 February 1998)
Photo: Walde Huth 

Seize ans déjà.

Galerie

hyperb0rean:

Ernst Jünger (29 March 1895 – 17 February 1998)
Photo: Walde Huth 

Seize ans déjà.

Glose sur l’obligation scolaire : l’anarque apprend à lire et à écrire, si et quand c’est son bon plaisir. Bien des enfants y sont entraînés par une curiosité de naissance. (…)
L’obligation scolaire est, en gros, un moyen de châtrer la force de la nature et d’amorcer l’exploitation. C’est tout aussi vrai du service militaire obligatoire, qui est apparu dans le même contexte. L’anarque le rejette, tout comme la vaccination obligatoire et les assurances, quelles qu’elles soient. Il prête serment, mais avec des restrictions mentales. Il n’est pas déserteur, mais
réfractaire. Terme que je dois à un vieux poète que j’ai évoqué au luminar : Gustave Sack.
L’anarque peut certes tuer n’importe qui, c’est là-dessus que se fonde son assurance, mais il ne tue que là où et quand il lui plaît… et bien plus rarement, en tout cas, que le criminel, le chauffeur et l’État. La figure archaïque du mercenaire est bien plus conforme à ses vues que celle de la recrue convoquée au conseil de révision, qui doit tousser au commandement, quand le major l’attrape par
les testicules.
« Donne-moi de l’or, et je défendrai ta cause, mais le contrat sera révocable. » On peut le faire par nécessité, ou par ennui, ou parce qu’un type et sa cause vous plaisent. Mais l’anarque se réservera le droit de décider, quand on exigera de lui un don total, même si cette exigence vient de sa propre famille.
Qu’on lui impose le port d’une arme, il n’en sera pas plus digne de confiance, mais, tout au contraire, plus dangereux. La collectivité ne peut tirer que dans une direction, l’anarque dans tous les azimuts.

Ernst Jünger, Eumeswil (Folio, Paris, 1981)